Titan à Shanghai


Shanghai est une ville superlative. Tout y est plus que. Plus haut, plus agité, plus moite, plus fort. L’orchestre vient d’y jouer, ce soir, son dernier concert en Chine Populaire. Le Grand Theatre, en plein centre, est une salle magnifique. Superlative à l’extérieur avec un toit à l’oriental prodigieux, une feuille de béton dont les bords sont relevés vers le ciel. Conventionnelle à l’intérieur, un amphithéâtre rouge et bois. L’acoustique y est excellente. La scène est spacieuse et les musiciens s’y sentent mieux qu’au Poly Théatre –cors excepté, je dois leur demander pourquoi.
Le concert était tôt, à 19h15, la répétition réduite à un raccord d’une heure, le chef a fait rire l’orchestre, tout s’annonçait bien.
Côté public, c’était aussi superlatif. Mieux qu’à Pékin, un panneau au-dessus de la scène scande en anglais le titre de la série de concerts « les orchestres de réputation mondiale ». Deux panneaux latéraux donnent le nom de l’orchestre. Mais mes rêves (voir mon post sur le Poly Theatre) ont été plus qu’exaucés. Quand le chef arrive, ils affichent « music director, Christoph Eschenbach ». Ce sont des panneaux Zitrone ! Il ne manque que les points de suspension pour marquer l’émotion… Suivent le nom de l’œuvre et un petit texte en chinois dont je ne peux lire que 1888, mais qui me laisse imaginer une courte musicologie, puis chaque mouvement avec son tempo. On s’arrêtera là. Un jour peut-être, on lira au fil de la musique « solo de violoncelle… », « cors… » .
Bon, je dois le dire, j’ai raté le début du concert, cet horaire m’a fichu dedans. Je suis arrivé Lang Lang avait déjà commencé, j’ai écouté le 4e concerto de Beethoven des coulisses… J’ai mieux profité de son bis –du moins intégralement- plutôt inhabituel, la transcription de Liszt du Prélude de Tristan et Isolde. À côté de nous, on filme par l’entrebâillement de la porte de scène, une jeune fille ferme les yeux et se laisse pénétrer, elle serre dans sa main un papier, de quoi récupérer un autographe.
Globalement, l’orchestre voulait sa revanche, ce même programme à Pékin n’avait pas été satisfaisant. Mahler et eux l’ont obtenue. C’était très beau dans le 1er puis le 2e mouvement, c’est vite devenu magnifique dans le 3e et le 4e réussit à rester sur ce palier. Les pupitres étaient tous investis, les contrebasses à râcler les cordes, les clarinettes à trompetter le pavillon en l’air, les cordes puissantes quand il le fallait mais jamais dures, éthérées pour produire ce sifflement si caractéristique de cette symphonie, les ensembles, les accords, la navigation dans les tempos, l’orchestre a conduit son concert de bout en bout. Et même si, peut être, voudrait-il encore une troisième manche, demain, direction Taiwan et le programme tourne à Brahms et Berlioz.
Le public de Shanghai a bondi dès les dernières mesures pour crier son enthousiasme. Pendant qu’on applaudissait, une jeune femme descendait et remontait les rangs avec un panneau phosphorescent qui
disait « please, no flash ». J’ai rêvé ?







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