Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Tout Taipei dort.

Minuit, le centre de Taipei est presque désert. Les taxis mettent systématiquement de la musique occidentale quand on s’installe. La ville est plus facile, plus
« occidental friendly » que Shanghai ou Pékin. Plus de pratique. Taipei est surtout moins subite, elle s’est prise au développement depuis un demi-siècle. Les gratte-ciels de Shanghai donnaient l’impression de piles de jetons de casino empilés fiévreusement. Elle est plus installée, moins la proie du chambardement urbain. À Pékin, le grand temple taoiste est cerné par une opération immobilière de prestige. Ici, il campe tranquille, les gens arrivent, agitent leurs bâtons d’encens tenus en éventail qui se consument et font monter les prières. J’ai cru voir un homme passer son portable au-dessus des fumeroles… J’ai aussi vu une femme transporter son gros chien sur le plancher de son scooter, calé entre les jambes et la calandre… Mais je n’étais pas parti pour une description de la ville. Je voulais découvrir la salle dès ce soir. Demain, c’est le premier concert à Taipei.

La Salle de concerts et le Théâtre National sont deux grandes pagodes symétriquement disposés sur une vaste esplanade (dédiée à Tchang Kai Chek). Le tout en réfection actuellement pour deux ans au moins, mais l’ensemble est magnifique. Je n’en verrai pas plus, car à 1 heure du matin, quand les camions vont arriver pour décharger les instruments, l’accès au plateau est fermé. Il n’y a pas d’arrière-scène ouverte comme dans un théâtre. Il va falloir installer les caisses d’instruments et d’habits dans les couloirs de l’étage inférieur. Les loges des musiciens (le plus souvent quatre: deux pour les cordes, deux pour les vents) ne sont pas encore bien identifiées. On tâtonne ce soir. Suite des opérations demain en début d’après-midi. Mais ce premier concert n’a pas des proportions énormes. Concerto de Beethoven et 1e symphonie de Brahms, ce n’est pas Mahler. Ce n’est pas la Symphonie Fantastique qu’on jouera le lendemain.

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