Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Hutong / Dvorák

Les guides touristiques les décrivent assez joliment et je me suis même procuré un livre de photos noir et blanc façon Doisneau. De partout il vous est proposé de les visiter en rickshaws. Ils sont, paraît-il, en voie de disparition, ce qui offusque les uns en réjouissant les autres.

On s’y enfonce avec une certaine gêne croyant déranger l’intimité de ceux qui y vivent. La photo se fait discrète. Les chiffonniers passent et repassent dans l’étroitesse de ces pavés, pédalant une improbable marchandise, espérant le chaland d’un cri rauque et lent. L’odeur âcre des toilettes publiques surpasse celle des poissons frits préparés à l’heure du repas, là, dans ce couloir exigu, à même le sol. Les portes ne semblent jamais fermées, dévoilant des couloirs de terre battue encombrés de bicyclettes, de linge à sécher, de cages à oiseaux, de coloquintes pendantes… Les charbonniers livrent nonchalamment leurs disques de combustible et une « clinique » s’annonce en face d’un bureau de tabac, seule échoppe à protéger ses biens de vitrines impeccables. Un primeur ici, bien fourni, traînées de poireaux par terre ; là un marchand somnolant, absorbé par une montagne de sacs de riz ; plus loin, un magasin de pinceaux de luxe pour la calligraphie, puis on se racle bruyamment la gorge pour cracher quasiment à vos pieds sans aucune impolitesse. On se penche même délicatement en avant en se pinçant une narine pour éjecter le contenu de l’autre sans autre forme de procès ni aucun mouchoir. L’enfant y fait ses premiers pas en vous souriant pendant que les parties de ma-jong fleurissent en claquant dans les cafés enfumés.
Ce sont les dernières ruelles de Pékin.

Ce soir, on joue la Symphonie du Nouveau Monde.

Première répétition

Emmanuel Gaugué, 1er violoncelle soloLang Lang et Christoph Eschenbach

Jeudi dix heures, l’orchestre est dans la salle de concert du Poly Theatre de Pékin. Si les coulisses sont immenses, la scène de concert est de petite taille délimitée par des parois flottantes. La salle aussi est de petite contenance. On écoute la Neuvième Symphonie de Dvorák comme de la musique de chambre.
Puis Lang Lang arrive, pour répéter le Concerto pour deux pianos de Mozart avec Christoph Eschenbach puis le quatrième Concerto de Beethoven.

Bonne réception

Arrivée des instruments au Polythéâtre de Pékin Arrivée des instruments au Polythéâtre de Pékin

Il y avait un concert dans la soirée, puisque l’Orchestre joue dans le cadre du Beijing Music Festival. Le rendez-vous est donc à minuit, une fois la place de nouveau libre. Quatre camions attendent pour décharger les caisses d’instruments sous le contrôle du régisseur principal de l’orchestre, Jean-Claude Fritsch.

Arrivée et premiers jours

Pour moi c’est un drôle de baptême : mes premiers pas en Asie et ma toute première “grande tournée” avec l’Orchestre de Paris (j’y suis entrée en janvier 2006).

Les conseils des collègues avant départ furent assez variés :
« Prévois de la lecture, on ne sait jamais, en cas de trop-plein de collectivité »
« Attention aux premières nuits, sinon gare aux premiers concerts »
« 24 jours… »
« les salles, les villes, ce sera magnifique ! »
« le planning est bien équilibré, prépare ton Routard !»

J’ai donc décidé de vivre cette tournée le mieux possible et surtout d’en profiter ! Malgré l’inévitable décalage horaire, j’ai voulu dès mon arrivée à Pékin visiter la Cité Interdite. L’immersion dans la culture et les traditions chinoises fut totale.

J’avais ainsi fui l’irrépressible envie de me mettre sous la couette, mais la première nuit fut néanmoins fragmentée. Nous avons profité de notre journée de récupération pour mettre à exécution un plan savamment organisé depuis Paris. Nous avions décidé d’aller sur la Grande Muraille et de fêter cet événement par un pique-nique 100% français !

Après avoir traversé une Chine rurale en totale opposition avec sa capitale, gravi les marches, nous avons trouvé sur les hauteurs d’une tour l’endroit rêvé pour déballer fromages, charcuterie, vin (l’excursion n’aurait pas pu être retardée !) et devenir nous-mêmes une attraction pour touristes. Nous avons tenté d’initier des Chinois à notre gastronomie, mais en vain, ils restèrent trop intimidés.

Au retour, une halte au célèbre marché aux perles et puis j’ai repris contact avec mon instrument.

Rendez-vous à minuit

Les musiciens sont nombreux aujourd’hui sur la muraille de Chine. Ensuite, le rythme des concerts l’emportera sur celui des visites. D’ailleurs, de certaines chambres perce maintenant, derrière la porte, le travail sur l’instrument. Côté production, on dénombre les pépins, une valise égarée ou endommagée peut-être, presque rien. Une angine probablement, dans les flûtes. Pas d’affolement, vies de voyageurs. Ce soir, à minuit, les instruments arrivent au théâtre.
Le dispositif prend forme.