Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Revoir Paris (2)

La partition de Chronochromie (Olivier Messiaen) déborde de la caisse des percussions, au milieu des mailloches. L’orchestre est en tournée mais pense à son retour. A ce concert avec Pierre Boulez, le 28 novembre, où cette oeuvre sera jouée. A celui des 22 et 24 aussi, pour lequel les parties du sextuor à cordes de Capriccio (Richard Strauss) ont été demandées depuis Taipei. Premier concert post-tournée, moins d’une semaine après l’atterrissage et donc conçu en conséquence, avec une première partie en forme de musique de chambre, réduisant aux extraits de Salomé le travail d’orchestre.

Les cloches sont remballées.

Le grand complexe culturel où joue l’orchestre affiche aussi Notre Dame de Paris. Dans les rues du centre de Seoul, on distribue des grandes sucettes pour annoncer la sortie locale du film La Vie en rose (elles sont… roses, à part ça je ne vois pas le rapport…). Et ce matin, les cuivres ont entonné la Marseillaise pour marquer le 11 novembre. Tout en ce moment nous ramène à la France !
Le concert a lieu à Ilsan, à une quarantaine de minutes en bus du centre de Seoul (nous avons compris ici que le nom de la capitale coréenne ne se découpe pas en Sé/oul comme implicitement vu de France mais Seo/ul, la première syllabe se prononçant courte « Sô », Sohoul). C’est une ville nouvelle créée dans les années 80, quinze ans après nos Cergy-Pontoise et Melun-Senart. La salle est belle et neuve, tout en bois. Elle n’a pas un an et ça sent la planche fraîchement découpée. Assez petite (1350 places), elle va se révéler très sonore pour un orchestre de cette taille.
L’harmonie et les percussions débordent. Mais les musiciens vont littéralement passer outre, délivrant après le concerto de Dvorak (avec le violoncelliste formé à Paris Sung Won Wang) une Symphonie Fantastique puissante que le public saluera debout en hurlant.
Chaque fois que l’orchestre l’aura jouée au cours de cette tournée, le cor anglais Gildas Prado aura imaginé une façon différente de mener le jeu de scène qu’il a proposé à Christoph Eschenbach. Comme il n’intervient que dans la troisième partie (Scène aux champs) en dialogue avec le hautbois en coulisse, il n’entre lui-même qu’à ce moment comme un personnage de théâtre extérieur à l’orchestre. Le chemin dépend de la configuration de la salle, de l’humeur. Cette fois, après sa première intervention, il s’est assis sur le podium, au pied des contrebasses, a laissé passer le long développement, repris sa partie encore assis, comme un pâtre sur son rocher, puis à l’appel des timbales il a longé tout l’orchestre pour sortir de scène, guidé par l’écho du hautbois venant de la coulisse. Gildas m’avait dit sur le quai de la gare à Tokyo « je fais du théâtre ». Ça ne m’étonne pas…
Le public reçoit en cadeau le bis de Smetana. Tout ça, c’est la dernière fois. Demain, l’orchestre déménage au Seoul Arts Center au sud de la capitale pour son dernier concert, finir sa tournée sur une Valse et un Boléro.
Comment sonnera la salle ? Et que réserve t-elle comme indicatif de fin d’entracte ? Ici au Aram Concert Hall, des chants d’oiseaux, de l’eau qui roule, un instrument flûté, tout cela rythmé par une pulsation de cloches. On aurait dit que Francis Brana chauffait celles de la coulisse pour le Sabbat de cette cinquième et dernière Fantastique !

Dernière étape

L’orchestre est arrivé en Corée hier. C’est son deuxième séjour ici, le premier date de 1984 avec Daniel Barenboim.
L’automne est beaucoup plus avancé qu’au Japon, même si nous n’avons franchi que 600 kilomètres depuis Kitakyushu, tous les arbres sont rouges, il fait frais, ça change!
Les bus sont partis à la rencontre de la salle dans laquelle aura lieu le premier concert ce soir, récemment inaugurée dans l’ouest de Séoul. La répétition avec Sung Won Wang, soliste d’un soir dans le concerto de Dvorak, a commencé.

Voici un site qui présente une photo de la salle
http://www.korea.net/news/news/NewsView.asp?serial_no=20070510040&part=106&SearchDay=

Dernier concert au Japon!

Ca y est!

Nous avons posé la dernière note de musique au Japon à Kitakyushu. C’était un beau concert malgré des conditions difficiles.

La journée avait bien commencé avec un voyage en avion sans encombre et …sans repas entre Tokyo et Kitakyuchu. Nous sommes arrivés à l’hôtel vers 15h 15 fatigués et affamés ! …. La répétition a donc été annulée de façon à ce que chacun puisse avaler quelque chose et se reposer avant le concert à 19h dans une salle qui pour le Japon est de qualité médiocre. Il faut dire qu’ici les salles de concerts ont poussé comme des champignons et que rares sont celles qui ne sont pas bonnes. Malgré cela, les musiciens avaient le sourire en jouant la Symphonie Fantastique et notre cher Christoph aussi!

Donc beaucoup de plaisir ce soir. Peut-être qu’inconsciemment le fait de savoir que nous approchons de la fin de la tournée (plus que trois jours!) et que nous allons enfin revoir nos familles et notre bon vieux pays y est pour quelque chose? Car le temps commence à nous sembler long (j’en profite pour souhaiter un Joyeux Anniversaire à ma fille Chiara qui fête ses 4 ans le 10 novembre!).

Demain dernier saut de puce pour Séoul en Corée et les deux derniers concerts avant le grand retour à Paname mardi prochain.

Suntory Hall


Jamais l’orchestre n’a joué comme il a joué au Suntory Hall de Tokyo. Mais pas seulement lui, Lang Lang aussi a réussi un magnifique 1e concerto de Beethoven, dans lequel il semblait doubler l’étendue de ses possibilités expressives. Alors on n’ira pas fouiner dans les superlatifs. Juste recueillir les impressions « du dedans ». Que se passe t-il au Suntory Hall ? Qu’est-ce qui en fait une des meilleures salles de concert au monde ? Côte à côte, un habitué de quatorze années, Bruno Tomba (trompette solo), et quatre jeunes musiciens dont c’étaient les premiers concerts là, Benoît de Barsony (cor solo), Elise Thibaut (violon 2), Nicolas Peyrat (alto) et Lola Descours (basson).

(E) Suntory Hall c’est un mythe, j’avais hâte. Il y a une énergie particulière dans cette salle, on sait que tous les plus grands sont passés ici. Elle est grande, mais ça ne se voit pas, elle est intime, on a l’impression de remplir tout l’espace.

(L) Ce que j’aime dans cette salle, c’est qu’on entend énormément les contrebasses. Beaucoup de basses, ça porte tout l’orchestre ! On s’entend bien individuellement, mais il y a aussi un son collectif, contrairement à d’autres salles où l’on s’entend bien mais avec l’impression de jouer tout seul, là on forme un tout.

(Br) Entendre tout, soi-même et les autres, ça fiche la pétoche quand on joue de petits solos : on se sent tout seul, mais c’est bien ! On a un bon retour de la salle, on sent ce qui passe. En même temps, si on se concentre sur un des membres de l’orchestre, on l’entend parfaitement. Il y a la globalité, le son de l’orchestre dans la salle et les détails sur scène, les deux en même temps c’est parfait. Des salles comme le Suntory Hall, il n’y en a pas beaucoup.

(Be) Cette qualité d’acoustique produit un effet sur les équilibres à l’intérieur de l’orchestre, entre les cuivres et les cordes.
Nous, cornistes, ne sommes pas obligés de forcer, c’est possible de jouer la nuance dynamique telle que le compositeur l’a indiquée, ce n’est pas nécessaire de jouer plus -ou moins- fort, ce n’est pas besoin de rééquilibrer, ni de compenser, ni le manque d’une salle mate (et jouer plus) ou qui résonne trop (et jouer moins).
On trouve très vite ses repères, c’est très étonnant.
Parfois, vous jouez dans une salle qui sonne bien mais qui n’est pas très agréable sur scène. Celle–ci très bien d’un côté comme de l’autre. On trouve tout de suite le son, on est à l’aise au sein du pupitre et il y a une sorte de liant qui produit un vrai son d’orchestre, c’est assez rare. Au Japon, les salles sont toujours bonnes, un peu comme en Allemagne. D’ailleurs, les concepteurs ici se sont inspirés de la Philharmonie de Berlin, ils ont choisi ce qui marchait déjà, c’est plutôt intelligent comme démarche.

(Br) Nous, on est derrière. Sentir qu’on passe facilement sans être obligé de forcer, sans que le chef nous demande de jouer agressif, cela nous permet de nous concentrer sur la qualité du son et pas sur la puissance, les autres vont nous sentir plus à l’aise, et ça fait tâche d’huile. L’environnement c’est aussi un instrument.

(E) Comme violoniste-tuttiste, on ne s’entend pas toujours très bien individuellement, on est dans un bloc. Et hier soir, de surcroît, je jouais dans une position inconfortable, excentrée, un peu noyée dans le pupitre voisin, donc c’était délicat. Mais l’acoustique ici simplifie les choses, nous l’avons tous constaté : à Kyoto, l’avant-veille, nous avions joué la Fantastique dans une acoustique très bonne, mais ici c’était plus évident.

(N) On fait des beaux concerts en partie grâce à la salle.
Quand on commence à jouer, on entend que le son est très clair et très beau. On sent comme une proximité avec le public, comme si les auditeurs étaient tout près et qu’il n’y avait pas d’effort à faire pour leur transmettre la musique. C’est un moment qu’on vit ensemble, grâce à la salle. L’interprétation se magnifie, la Symphonie Fantastique hier était vraiment réussie grâce à ça. Tout prend plus d’ampleur, ça galvanise, il y a un effet boule de neige : le plaisir est plus fin, l’exigence plus grande.

(E) Bien s’entendre permet un éventail de nuances deux fois plus grand. Personne ne force, on peut aller chercher des pianos extrêmes, des forte aussi, sans rien sacrifier. Le son est ample, rond, timbré, on est moins dans l’agressivité. J’avais un grand souvenir du Concertgebouw d’Amsterdam, c’était pour moi la plus belle salle au monde, maintenant il y en a deux.