Une vie d'orchestre ce n'est pas seulement un soir de votre vie, c'est aussi plein de petits moments... que nous avons voulu partager avec vous

Autres à-côtés

En tournée, nous ne découvrons pas seulement les salles de concerts!
Ce matin quelques collègues et moi-même avons fait la visite de….
l’hôpital de Taipei!
Eh oui! Bronchites et angines se répandent comme tâche d’huile dans
l’orchestre. Vive la collectivité!
Heureusement, un médecin va nous rejoindre au Japon.
Bonjour à Paris!

Bien en tandem

Ça n’arrive qu’en tournée, les deux violons solos de l’orchestre sont présents, ensemble, sur les concerts. D’habitude, dans les concerts parisiens, les rôles sont partagés, chacun a en charge un programme, Philippe Aïche et Roland Daugareil se croisent. Ici, ils se succèdent à l’entracte. À Taipei, par exemple, Philippe jouait dans le concerto de Beethoven, Roland la Fantastique. Du coup, chacun a son double, son oreille télescopique, qui peut de la salle juger des équilibres. Ou simplement réagir à ce qui se passe. Christoph Eschenbach prend la Marche au Supplice de la Symphonie Fantastique bon train. Philippe envoie un message en deux parties à Roland :
1°) L’index et le majeur tendus vers le bas, comme dans l’histoire du petit indien qui court très vite. « C’est pas un peu rapide … »
2°) L’index tiré à l’horizontale sous le menton, comme quand Iznogoud veut faire trancher la gorge d’un gêneur.
« … pour quelqu’un qui va se faire exécuter ? »

Taipei, 1er concert et à-côtés

répétition harpesL’orchestre sort de son premier concert à Taipei. Plutôt content, mais surpris. L’arrivée dans la salle était prometteuse, le plateau vaste et l’orchestre avait l’air de flotter dedans comme dans un pull trop grand. Cette fois, pas de risque que les cors soient placés trop près des parois… La contrepartie de ce confort, c’est l’acoustique de la salle, résonnante et floue –en tout cas, à l’opposé de la dernière visitée, à Shanghai. La musique, du coup, paraît manquer de définition, de clarté. L’énergie est pourtant là et le public le sent. On applaudit sans embarras entre les mouvements (on oublie aussi son portable, ici non plus aucune annonce préventive) et on claque dans ses mains à la Danse Hongroise du bis.

répétition octuor violoncellesLa journée a été bien remplie puisque huit violoncellistes ont profité de l’horaire tardif de la répétition pour travailler une transcription des Nuits d’Eté de Berlioz réalisée par le bassoniste et compositeur Lionel Bord et qu’ils joueront avant le 1e concert Pierre Boulez le 28 novembre.
Berlioz, ça me dit quelque chose… Demain, l’orchestre joue sa première Symphonie fantastique de cette tournée, une série de quatre. Les harpistes, clef du deuxième mouvement, Un Bal, ont répété de leur côté avec Christoph Eschenbach.

J’avais été amusé de voir dans Taipei les signaux vert-rouge à hauteur des passages piétons surmontés d’un compte à rebours en secondes pour donner le temps disponible à qui voudrait traverser. Mais c’est la première salle de ma vie où je vois –dans les coulisses et dans le grand hall public- un compte à rebours pour indiquer le temps restant pour rejoindre son siège –musicien et spectateur. 20h47 avant le prochain concert…

Tout Taipei dort.

Minuit, le centre de Taipei est presque désert. Les taxis mettent systématiquement de la musique occidentale quand on s’installe. La ville est plus facile, plus
« occidental friendly » que Shanghai ou Pékin. Plus de pratique. Taipei est surtout moins subite, elle s’est prise au développement depuis un demi-siècle. Les gratte-ciels de Shanghai donnaient l’impression de piles de jetons de casino empilés fiévreusement. Elle est plus installée, moins la proie du chambardement urbain. À Pékin, le grand temple taoiste est cerné par une opération immobilière de prestige. Ici, il campe tranquille, les gens arrivent, agitent leurs bâtons d’encens tenus en éventail qui se consument et font monter les prières. J’ai cru voir un homme passer son portable au-dessus des fumeroles… J’ai aussi vu une femme transporter son gros chien sur le plancher de son scooter, calé entre les jambes et la calandre… Mais je n’étais pas parti pour une description de la ville. Je voulais découvrir la salle dès ce soir. Demain, c’est le premier concert à Taipei.

La Salle de concerts et le Théâtre National sont deux grandes pagodes symétriquement disposés sur une vaste esplanade (dédiée à Tchang Kai Chek). Le tout en réfection actuellement pour deux ans au moins, mais l’ensemble est magnifique. Je n’en verrai pas plus, car à 1 heure du matin, quand les camions vont arriver pour décharger les instruments, l’accès au plateau est fermé. Il n’y a pas d’arrière-scène ouverte comme dans un théâtre. Il va falloir installer les caisses d’instruments et d’habits dans les couloirs de l’étage inférieur. Les loges des musiciens (le plus souvent quatre: deux pour les cordes, deux pour les vents) ne sont pas encore bien identifiées. On tâtonne ce soir. Suite des opérations demain en début d’après-midi. Mais ce premier concert n’a pas des proportions énormes. Concerto de Beethoven et 1e symphonie de Brahms, ce n’est pas Mahler. Ce n’est pas la Symphonie Fantastique qu’on jouera le lendemain.

Carte postale sonore

Merci à Emma de son commentaire hier. Ce matin, justement, c’est le mot « carte postale » qui m’est venu, au sujet de cet extrait du concert de Shanghai que je voulais mettre sur le blog.
Parce que, bien sûr, enregistré à la sauvette, du 15e rang, ce n’est pas de la prise de son de concert, ça doit saturer un peu dans les forte, c’est à écouter sur son ordinateur et pas sur sa chaîne hifi (si ça existe encore).

Mais voilà, d’abord je pensais interviewer les musiciens sur la symphonie de Mahler qu’ils allaient jouer une dernière fois : les solistes (ceux qui sont si nombreux dans cette pièce magnifique, à commencer par la contrebasse, le basson, l’alto…) et puis les violonistes, ceux dont j’ai vu la tête partir en arrière, les yeux monter aux cintres, dans les moments où, ne jouant pas, ils sont soulevés par la musique autour d’eux.

Mais je n’ai pas pu. Trop pris par l’émotion de ce concert dont je savais qu’il serait spécial. Au raccord de la fin d’après-midi, les musiciens n’avaient pas la tête à répéter, je l’avais senti. Christoph Eschenbach a fait le clown, ils ont tous ri et applaudi. Ils n’étaient pas concentrés pour travailler, ils voulaient y aller, tout de suite, le costume noir et pour de vrai.
Et puis être l’un des seuls Européens de la salle et sortir sans scrupule son pirateur numérique, même made in China, je ne me sentais pas de la faire. Evidemment, au fur et à mesure que la symphonie montait, que ça prenait, je regrettais mon hésitation. Alors je me suis dit que j’enregistrerais le bis, que c’était une bonne idée : juste un petit souvenir, une carte postale à ceux qui ne sont pas avec nous jour après jour. Smetana, la Danse des comédiens, extrait de l’opéra La fiancée vendue.